Trame du roman / prise de notes
L’ado disparu en 2009-2010, présumé mort, qui revient 13 ans plus tard, en 2023, pour se venger et venger ses potes. Pendant une bonne moitié du roman (voire les 2/3), on pense qu’il est dead. Tout converge vers son meurtre, et on le verra dans la partie I et la partie II : des ennemis, des inimitiés, un ado qui cache des choses, etc.
La première partie : on recherche davantage son corps que l’ado…
Déclic pour ce soi-disant disparu : le suicide de l’un de ses vieux amis de collège. “Je me suis dit : on a réussi à se débarrasser d’une ordure. Pourquoi pas des deux autres ?”
Ledit ado pourra d’ailleurs, sous sa nouvelle identité, faire semblant d’aider Laverdier. Par exemple, il a accès à des archives intéressantes (il travaille aux archives, ce qui explique qu’il soit arrivé dans ce bled, concours de circonstances professionnelles, lui n’est pas d’ici, à ce qu’il dit) comme des numérisations de photos de classe, de statistiques du collège, de bulletins, de trombinoscopes, etc. Rencontre Laverdier / meurtrier qui doit apparaître fortuite (absence d’un collègue, mystérieusement malade ?), naturelle, normale. En fait, il n’en est rien.
Fréquents retours dans le passé (courts chapitres nommés avec la date du moment) où l’on revient à l’ado dans quelques instants importants de son existence, qui l’ont forgé en tant que futur vengeur ou quelque chose comme ça. On pourra aussi s’attarder sur des détails/objets qui font sens pour lui : la pelle américaine de son grand-père, qui n’a pas fait la guerre mais qui aimait lui conter ; le vélo rouge qu’il bichonnait ; les musiques qu’il écoutait quand il pédalait (attention : 2009-2010 !), ses rapports avec certains camarades (de la bande, de la classe, du collège), et les tensions entre eux, les amourettes naissantes, le passage vers l’âge adulte, etc.
Il faut plusieurs suspects plausibles tout au long du roman. 2/3 mecs de la bande (dont un qu’on arrive pas à localiser par ex ?), un adulte qui savait à l’époque mais qui n’a rien dit/rien fait, des gens que Laverdier interroge plusieurs fois et qui ont menti ou se sont trompés, etc.
Première partie : “16 ans pour toujours”
“Bon. J’ai un cold case.
- Ah ?”
On a retrouvé son vélo, 17 ans plus tard.
“Et alors, qu’est-ce qu’il y a ?
- Il y a que des cold cases, on en a plein. Et pas le temps d’en faire quoi que ce soit. Alors pourquoi tu me refiles celui-là, si tu en as des pelletées ?
- Parce qu’il y a quelque chose, Laverdier. Ce vélo qu’on retrouve miraculeusement, à la faveur d’un orage, c’est étrange. Et l’affaire est trop trouble, trop ancienne aussi, pour que ça ne t’intéresse pas.
- Bof.
- Et en plus, c’est chez toi. Dans ton village.”
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Laverdier dresse le portrait du disparu, prend des infos à droite à gauche, revient dans le village, découvre ce qui a changé, les gens qui sont morts, ceux qui sont toujours là. On approche un peu l’enfance et l’adolescence de Laverdier, son état d’esprit, ses fêlures aussi, sa famille disparue, etc.
Découverte du dossier, lecture patiente, à la manière de Bosch qui relit tout, qui prend des notes sur ce qui l’intéresse, etc. Emmental en main.
Visite à la mère : “je peux voir sa chambre ?” qui n’est pas sans rappeler le journaliste de Paris Match qui bave à l’idée d’entrer dans la chambre du petit Grégory… “Euh… Tout est au grenier, vous comprenez…” Sa chambre, maintenant, c’est l’atelier de couture…
Description des lieux. Le bourg (village d’environ 1500 âmes. Type Darney, mais anciennement petit centre, actif, petit bourg, qui tombe un peu en désuétude). Le village donc, les routes, les gosses en trottinettes électriques, l’ancien collège maintenant fermé, que Laverdier pourra fouiller de manière illicite dans la seconde partie, grâce à un contact trouvé dans son enquête. Bientôt démoli, parait-il. Mais ça coûte cher, de démolir… Il faudrait que le collège soit dangereux pour que sa démolition soit actée. “Mais il est dangereux, ce lieu, pense Laverdier.
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On a un Laverdier assez calme voire mutique en début de roman, qui prendra confiance peu à peu et retrouvera un peu de gouaille à mesure que le rythme s’accélère, à mesure que son enquête touche au but. On est aussi sur un duo Laverdier/Espirac, disband depuis de longs mois mais qui a su garder un lien ténu suite à la démission du premier, il y a quelques années. “Pour autant, c’était la première fois qu’il la revoyait depuis longtemps”. Lente déchéance de Laverdier, qui s’emmerde et qui intériorise beaucoup, suite à cet échec professionnel qui se double d’un vide sentimental assez fort. Il pourrait, à l’instar de mon ami Rémi, être quelqu’un d’assez discret, intelligent, mesuré dans un contexte pro, et nettement plus exalté, juvénil, dans un contexte amoureux.
Faire passer aussi son manque de thunes, l’étroitesse de sa vie à ce moment-là, “horizons réduits”, petits jobs et mobylette, difficultés à faire le plein pour aller en rase campagne enquêter et comprendre, manger des plats sans saveur, dormir sur le canapé et s’ennuyer pas mal…
Lespirac essaie de le motiver dans cette première partie, l’appelle souvent (cela va peu à peu s’inverser à mesure qu’il avance), le soutient, l
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Laverdier s’approche peu à peu de l’ermitage, cherche des témoins oculaires de ce coin de forêt, on a retrouvé le vélo pas très loin, en tout cas pas si loin, alors qu’il n’y a rien d’autre autour. Bien sûr l’ermitage n’est pas sur la carte, il va falloir crapahuter un peu, Laverdier connaît les lieux mais les chemins lui semblent avoir changé… Il trouvera finalement une vieille qui lui dira que le petit allait souvent dans la forêt et que parfois, sur son vélo, il avait une pelle américaine qu’il pouvait replier pour l’attacher au cadre de son vélo. “Il avait un drôle de truc qui brillait, attaché au porte-bagage. Qu’est-ce que c’était ? Et qu’est-ce que j’en sais ?
Deuxième partie : La terre des siens
Intuition de Laverdier sur l’importance de l’ermitage, point de vue idéal sur une grande partie du village (utile ça ?) et lieu parfait pour cacher ou se cacher. Il pourrait d’ailleurs y rencontrer ou y suspecter le campement d’un squatteur, âme égarée type mendiant ou, plus problématique, un éventuel meurtrier qui rôde. Genre des cendres encore chaudes, un matin…
Topographies, cartes postales… Puis photo d’un survol en hélico. Pour trouver les anciens points de repère et pour moins creuser lors de sa partie de détection. Il pourrait rendre visite à un vieux du village, collectionneur du village et amoureux du coin, un ancien instit (tiens !) de Laverdier, en CM1. Vachement vieilli, le vieux…
Grosse partie de détection et hop, boite en fer blanc trouvée suite à plusieurs jours de recherche. Des photos/indices/lettres/preuves qui incriminent deux hommes : un maître-nageur qui abusait des enfants : une mère violente qui faisait subir des humiliations à ses deux garçons. On retrouve aussi pas mal d’argent, ce qui peut laisser à un chantage. Première idée : le chantage a mal tourné, l’ado ses fait buter, ça colle…
Le premier est mort il y a longtemps (décès qui apparaître suspect dans le contexte global, mais pas lors des faits) et la seconde est morte dans un accident, 3 ans plus tôt. Cela prendra plus de temps pour retrouver des infos sur cette dernière, car elle avait déménagé à l’étranger (où ? quand ? peu de temps après le suicide du vieux copain, l’un de ses fils…).
Part de Lespirac plus importante en fin de partie, dans ses recherche comme dans le tandem qui reprend forme, des débats tout haut, des liens, des associations d’idées qui font avancer l’enquête, pas toujours dans la bonne direction, mais qui la font avancer. *
2ème ou 3ème meurtre au cours de cette seconde partie, sur un personnage qui n’est pas mentionné dans la boîte en fer. Apparemment sans lien avec l’affaire (”Désolée, Paul, on a retrouvé un cadavre sur la RN78. Un délit de fuite, j’imagine, c’est tout frais. Je vais devoir être un peu plus assidue sur ce cas avant de revenir sur ton affaire.” – “Mon affaire ?”)
Le rythme s’accélère. Laverdier dira à la fin de cette seconde partie : je crois qu’il n’a pas fini de venger la meute.
On apprend dans cette seconde partie que la mère du disparu était narcoleptique (ou autre) et que son compagnon de l’époque n’était pas des plus cajoleurs avec ses deux beaux enfants – le disparu avait une soeur, plus âgée. “Maman ? Malade ? – On m’a dit qu’elle était narcoleptique. – Ah bon ? plutôt droguée, oui.”
La fugue semble à nouveau plausible. La soeur dira : “En tout cas, il n’avait pas de raison de rester”.
Troisième partie : la traque
L’enquête sur le 3ème meurtre est le point de départ de la 3ème partie : indices, pistes, investigation de la flicaille dont est informé légèrement Laverdier (”en léger différé”) grâce à Lespirac. Pour eux, les deux affaires ne sont pas liées. Lui fait sa propre enquête à côté, persuadé qu’il y a quelque chose de bizarre là-dedans.
Conclusion pour le vélo tombent. Laverdier voit que quelque chose cloche, mais ne sait pas.
Le meurtrier a-t-il voulu pimenter la partie ? En fait l’ado disparu veut surtout faire paniquer ceux qui sont encore sur sa liste, les faire trembler un peu avant le coup de grâce.
Laverdier remet la pression sur la bande, tente de comprendre les motivations du tueur pour chaque victime. Apparemment, les anciens copains n’en savaient rien, sauf du 1er meurtre (et encore, pas tous, il y a des amitiés dans l’amitié, des clans dans le clan, des niveaux de confiance qui diffèrent en fonction d’une hiérarchie établie, qui n’est pas écrite dans le marbre mais qui se fait sentir). Laverdier recherche aussi d’autres collégiens de l’époque ou des membres du personnel. Il interroge deux anciens pions, la CPE de l’époque, qui régnait sur le collège (une petite main boursouflée / boudinée dans un gant de velours).
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Il manque des choses ici : le lien entre l’enquête de Laverdier et le dernier meurtre. L’identité de la victime, ou des indices matériels, finissent de relier les deux affaires ?
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Laverdier entre peu à peu dans le sillon de l’enquête des gendarmes. Son enquête officieuse devient digne d’intérêt pour eux. Sa voix se fait entendre à travers Lespirac, lui refuse de revenir pour dire ce qu’il a découvert. Il a beaucoup de mal à laisser son enquête échoir dans un cadre officiel, auprès d’une institution qui l’a fait souffrir et qu’il ne tient pas en haute estime.
“Le vélo. On ne l’a pas retrouvé tout seul.
Laverdier se souvient de cette “miraculeuse découverte” et commence à douter. Le vélo n’est pas réapparu tout seul. Il est trop propre. Pas oxydé. Trop beau. Rien n’a moisi, même pas les pneus. Et si le vélo n’était pas réapparu tout seul ?
Il amène le vélo dans un VéloLand : “Et si je vous disais que ce vélo est resté sous terre pendant 13 ans. Vous me croyez ? ; “Impossible répondra l’autre”.
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L’ado est allé normalement à l’ermitage, tout paraissait normal. Il a donc vu quelque chose là-bas qui a tout changé. Point de vue sur quelques pavillons du nouveau lotissement. Qui y habitait ? Sa mère. Il a peut-être vu la bagnole de son compagnon qui revenait. Et qui ne bougeait pas, qui restait là.
Maintenant on ne voit plus rien de l’ermitage. En 2005, 6 ans après la tempête de 99, il y avait un beau point de vue. On a replanté des arbres, ils ont repris leurs droits. En 2005, les arbrisseaux ne bouchaient pas la vue.
“On attend que la porte soit fermée pour pleurer”, dit une détenue.
Il se fait pincer. Laverdier comprend. Il va chez le type. L’autre se laisse cueillir tranquillement. Il aurait le temps de s’enfuir, de sauter de la voiture en marche, non.
“On pourra dire que vous vous êtes livré.”
Discussion en voiture ?
Se livrer / se livrer à la police
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Laverdier pète un câble – passé
Deux ans plus tôt, au début du mois de juillet 2022, alors que la Grande Boucle s’élançait tout naturellement du Danemark, c’est un autre événement sportif majeur qui ébranla la brigade : un splendide retournement de bureau sur la trombine du lieutenant. Dans les annales de la gendarmerie, on a naturellement oublié le nom du vainqueur du Tour de France 2022 et même le pays qui a gagné la Coupe du Monde de football cette même année. Mais on a pas oublié l’athlète qui avait signé une prouesse physique de premier ordre, nos excuses au receveur : ce n’était autre que Paul Laverdier.
Tout cela était évidemment le résultat de réactions en chaîne, et la suite allait s’avérer un peu plus douloureuse pour le futur ex-adjudant. Le début, donc, avait eu lieu quelques semaines plus tôt : Camille était partie. Camille, la moitié de Laverdier, sa compagne, la mère de sa fille, était partie. Et elle était partie avec la petite.
L’adjudant Laverdier ne s’était ouvert à aucun collègue, à aucun proche, gardant pour lui tristesse et rancœur. Même la brigadière Espirac, qui avait tissé avec le temps une relation particulière avec Laverdier, n’en savait rien. Et il était difficile de se douter que Camille, l’amoureuse farouche du non moins farouche Paul Laverdier, avait pour projet de quitter son compagnon. Il s’était forcément passé quelque chose.
Au sein de la brigade, Laverdier était depuis toujours un original, un solitaire. Il ne souscrivait ni aux blagues potaches de ses collègues, ni à l’union sacrée et incitée de la grande famille. Pour lui, la grande famille, c’était surtout la grande muette : une formation militaire désuète, des relents de machisme et de racisme plus ou moins élevés en fonction des hommes et des lieux, un manque évident de tact et d’élégance. Bien sûr, la généralisation est hâtive, mais Laverdier s’en accommodait : au boulot, il accomplissait sans grâce ni panache les missions quotidiennes, maintien de l’ordre, paperasse, patrouilles si besoin. Il ne faisait chier personne, et il entendait bien qu’on évite aussi de l’emmerder. En cela, il imitait le comportement de plusieurs collègues, moins passionnés par la gendarmerie que par leur propre vie privée.
Là où l’adjudant Laverdier se démarquait toutefois assez nettement de ses collègues, c’était dans les efforts qu’il pouvait déployer lors d’enquêtes de longue haleine. Qu’il s’agisse d’atteinte aux personnes, d’un délit de fuite, de trafic de stupéfiant ou – plus rarement – d’une tentative d’homicide, Paul Laverdier pouvait déployer une énergie et une ardeur à nul autre pareil. Il n’était pas vraiment question d’intuition ou de don particulier, mais plutôt d’un jusqu’auboutisme haletant.
Laverdier était un besogneux, un méticuleux, une sorte d’Harry Bosch en papier mâché, car il ne croyait pas en la justice. Ce qui lui importait, c’était de savoir, de clore le chapitre, l’affaire, l’histoire : il voulait aller jusqu’à la dernière ligne, car on lui avait appris que tout ce qu’on commence doit être terminé. Pour lui, les poursuites judiciaires ne réglaient rien : il n’y avait pas réparation, la punition n’était pas consolation. 3 mois de prison avec sursis pour un cambriolage, alors que l’intrusion a peut-être traumatisé à vie une famille entière, enfants compris ? Sa devise n’était sûrement pas : “Justice est rendue” mais plutôt “on a fait ce qu’on a pu”.
Lorsque l’investigation nécessitait son action, l’adjudant Laverdier ne comptait pas ses heures, et pouvait passer une bonne partie de son temps libre à fouiner en solo. Il aimait effectivement travailler seul, nuit et jour s’il le fallait, sur des dossiers qui nécessitaient du temps et de la rigueur. S’il n’avait d’autre choix que de tolérer ses collègues au quotidien, Laverdier n’aimait enquêter en duo qu’avec la jeune Lucie Espirac. Leur première rencontre, quelques années plus tôt, alors qu’Espirac n’était que gendarme-adjoint, avait été l’occasion d’une enquête à huis-clos, sur un homicide. Une certaine complicité s’était forgée entre l’adjudant et Espirac, cette dernière s’accommodant aisément de son humour noir et de son intolérance pour la médiocrité.
Quelques années passèrent avant que Paul Laverdier n’explose en plein vol. Ce fameux jour de juillet, le lieutenant Vallotton avait convoqué toute la brigade en salle de pause, dès 9h. A l’ordre du jour : le passage de la 7ème étape du Tour de France au sein de leur territoire. Plusieurs gendarmes étaient détachés pour sécuriser l’événement qui devait avoir lieu le 8 juillet : le peloton s’élançait de Tomblaine, en Meurthe-et-Moselle et traversait les Vosges du nord au sud. L’arrivée était prévue au sommet de la Planche des Belles Filles, en Haute-Saône. Le lieutenant, qui approchait les 50 ans et fleurait bon la fin de carrière, disait “ballon de Lure”, comme si l’on était au XIXème siècle, mais personne ne pipait mot : c’était le patron, il pouvait bien renommer la moitié du département s’il voulait. Et c’était un con, très à cheval sur la hiérarchie et spécialiste des procédures en tout genre, ceci expliquant cela.
- Le tronçon qui nous a été assigné se situe entre Rambervillers et Bruyères. On prête main-forte aux gendarmes de ces deux localités, à plusieurs virages et carrefours stratégiques. Sont détachés pour l’événement les effectifs suivants : Miquel, Bréguet, Delaplace, Brunelle, Espirac, Jacquenot et moi-même. Les autres effectifs qui sont au planning resteront à la brigade pour assurer l’intérim. En ce qui concerne les horaires, il faudra…
Espirac jeta alors un coup d’oeil à Laverdier, assis à sa droite. Mutique comme à son habitude, il avait mauvaise mine. Cela faisait quelques jours qu’elle tentait de croiser son regard, de lui parler, d’échanger un café, un sourire, sans résultat. Il était fuyant, à l’intérieur comme à l’extérieur de la brigade. Laverdier croisa son regard : elle l’interrogea en prononçant un “ça va ?” muet. Il répondit en haussant les épaules, se détourna.
- Laverdier, Espirac, jeta le lieutenant d’un ton sec, je ne vous dérange pas ? Si vous voulez un café et des croissants, c’est juste là.
Il désignait du menton la table devant lui, où trônaient une thermos fumante et des gobelets. Les deux gendarmes ne répondirent rien.
- Bien, je reprends. Une fois la caravane publicitaire passée, les coureurs devraient être sur place entre 15h15 et 15h40. Les gosses, les chiens en laisse, les éclaboussés du bocal déguisés en diable ou en Panoramix, vous me les gardez à l’œil avant, et vous allez faire de la prévention. Il n’y a aucune barrière qui empêche les spectateurs de…
Le discours était abrutissant, surtout à cette heure matinale. La dizaine de gendarmes présents écoutait d’une oreille, le lieutenant Vallotton étant particulièrement doué en matière de procédure, sécurisation et palabres inutiles. Au fond de la salle, le gendarme Delaplace bailla bruyamment, imité quelques instants plus tard le sous-lieutenant Boudon, puis par Laverdier.
- Dites les gars, je vous ennuie ou quoi ? demanda Vallotton, vexé. Tenez-vous un peu, bon sang !
- Non, mon lieutenant, c’est juste que j’étais de patrouille hier soir et… commença Delaplace.
- Et vous adjudant Laverdier, vous étiez aussi de patrouille hier soir, c’est ça ? C’est pour ça que je vous endors ? Pardonnez-moi mon adjudant, mais vous avez une sale gueule !
Laverdier, tiré de son mutisme, tenta une répartie. Espirac le regarda piocher contre les mots, ricocher sur les regards d’autrui, se tordre sur sa chaise. Ces quelques secondes semblèrent une éternité. Puis l’adjudant Paul Laverdier se leva, quitta son rang, s’avança vers la table et se servit un grand gobelet de café noir.
- Vous avez raison, Laverdier, il faut au moins ça pour vous faire émerger, grinça le lieutenant.
Laverdier posa son verre fumant à terre, se releva. Il regarda un instant le lieutenant Vallotton, puis s’accroupit : soudain, il empoigna la table où étaient posés la thermos et les gobelets fumants, relevant le meuble par les pattes. Personne ne bougea quand il fit basculer le meuble sur le Vallotton, qui en tomba à la renverse et se mit à pousser un cri inaudible, consécutif à sa surprise et au café brûlant renversé sur son uniforme. Laverdier osa un mot :
- Non, lieutenant, vous ne m’ennuyez pas. Vous me faites chier.
Puis il quitta la salle d’un pas décidé. Il avait signé sa démission dans la foulée, et n’étais jamais revenu à la brigade. Au sein des collègues, on s’accordait à dire que c’était la plus belle sortie jamais réalisée depuis bien longtemps.